Article publié par l’Environmental and Peace Network in Africa (EPENA)
1. Contexte : une montée inquiétante des violences numériques en RDC
Les violences numériques — entendues comme toute forme d’attaque, de harcèlement ou d’atteinte à la dignité perpétrée via les technologies de l’information et de la communication — connaissent une croissance alarmante en République démocratique du Congo.
Bien que longtemps ignorées ou insuffisamment sanctionnées, ces pratiques ont explosé ces dernières années, touchant particulièrement les femmes. Sur les réseaux sociaux, celles-ci sont fréquemment ciblées par des sextapes non consenties, des manipulations d’images, des fausses rumeurs ou encore des campagnes de diffamation visant à détruire leur réputation ou leur intimité.
Face à cette situation, l’État congolais a adopté l’ordonnance-loi n°23/010 du 13 mars 2023 portant Code du numérique. Ce texte marque une avancée majeure : il encadre désormais le secteur numérique, protège les données personnelles, renforce la cybersécurité et criminalise plusieurs formes de cyberviolences.
Cependant, l’ignorance généralisée de cette loi dans les communautés permet encore à ces violences de prospérer. Les femmes continuent d’être exposées et instrumentalisées pour le buzz, la manipulation ou la destruction de leur image publique, malgré le principe fondamental : *« Nul n’est censé ignorer la loi ». *
2. L’importance cruciale de la participation des femmes à la vie publique
La participation des femmes représente un enjeu fondamental pour le développement durable et la démocratie. Leur présence active dans les espaces de décision est essentielle pour plusieurs raisons :
Éduquer une femme, c’est éduquer une nation. La femme joue un rôle central dans la transmission de valeurs, la gestion familiale et communautaire.
Garantir l’égalité des chances. Une société inclusive nécessite une représentation équilibrée des genres.
Assurer transparence et bonne gouvernance. Les femmes apportent souvent une approche organisationnelle, éthique et éducatrice.
Lutter contre les discriminations. En brisant les barrières culturelles et les complexes imposés par la tradition, leur participation inspire d’autres femmes à s’engager.
3. Les violences numériques : un véritable frein à l’engagement public des femmes
Les agressions numériques ont des impacts directs sur la capacité des femmes à participer à la vie politique et publique. Elles se manifestent notamment par :
Le harcèlement et les menaces en ligne ;
La restriction de la liberté d’expression, due à la peur des attaques ;
La propagation de fausses informations, qui manipulent l’opinion publique et détruisent la crédibilité des femmes engagées.
Ces violences créent un climat d’intimidation qui décourage les femmes de s’exprimer, de se présenter à des postes de responsabilité ou même de participer aux débats sociaux.
4. La répression des violences numériques dans le droit congolais
Le Code du numérique introduit des mécanismes juridiques innovants pour lutter contre la cybercriminalité. Ses objectifs principaux sont :
Protection de la vie privée et des données personnelles ;
Répression des infractions numériques, telles que le harcèlement, l’usurpation d’identité ou la diffusion de contenus intimes sans consentement ;
Encadrement de l’économie numérique, incluant les plateformes et les fournisseurs de services ;
Sécurisation des systèmes informatiques, afin de réduire les risques d’attaques.
Le texte prévoit des sanctions pénales strictes, allant de l’amende à l’emprisonnement, et facilite la saisie des autorités compétentes (articles 318, 356, 357, 358…).
5. Conséquences multidimensionnelles des violences numériques faites aux femmes
Les cyberviolences provoquent des répercussions profondes et durables :
a. Sur le plan psychosocial
Les victimes vivent un traumatisme permanent, car les contenus en ligne restent accessibles à long terme. La honte, la peur du regard social et la perte de confiance entraînent un retrait des espaces publics et communautaires.
b. Sur le plan économique
Les femmes actives dans le numérique ou dépendant de leur visibilité en ligne voient leurs activités s’effondrer après une attaque, plongeant parfois dans la précarité.
c. Sur le plan politique
Une femme ciblée par une sextape ou une rumeur diffamatoire est souvent jugée « indigne » par la société, même si le contenu est falsifié. Cela réduit ses chances d’accéder à des responsabilités et la prive de légitimité.
d. Sur le plan juridique
Le Code du numérique offre aux victimes des voies de recours, mais la méconnaissance de ces mécanismes limite l’efficacité de la justice.
e. Sur le plan socioculturel
Les normes sociales congolaises stigmatisent fortement les femmes exposées. Certaines peuvent être rejetées par leur partenaire, leur famille ou leur communauté.
6. Pistes de solutions proposées par EPENA
Pour lutter durablement contre ce phénomène, plusieurs actions prioritaires doivent être renforcées :
Sensibilisation massive sur les droits numériques ;
Formation et renforcement des capacités des communautés et leaders locaux ;
Accompagnement psychologique, social et juridique des victimes ;
Mise en place de programmes de prévention et de soutien aux femmes engagées.
Les violences numériques constituent l’un des obstacles les plus sérieux à la participation des femmes à la vie publique en RDC.
Leur impact dépasse l’espace virtuel : elles détruisent des carrières, brisent des familles, réduisent au silence des voix essentielles et menacent l’égalité des genres.
Protéger les femmes dans le cyberespace, c’est protéger la démocratie.
EPENA appelle les institutions, les organisations civiles, les communautés locales et les plateformes numériques à unir leurs efforts pour garantir un espace digital sûr, équitable et respectueux pour toutes.
Rédaction de l’article : Maître Blonde KALUME, Avocate au Barreau d’Ituri et Humanitaire
Publié sous la coordination éditoriale de l’EPENA – Environmental and Peace Network in Africa.
